Depuis 2017, le hashtag
#MeToo (« Moi Aussi ») ne passe pas inaperçu sur les réseaux sociaux. Et pour cause.
#MeToo est un véritable mouvement historique pour le
féminisme, fort de sens par le message qu’il fait passer. En réalité, ce mouvement existe depuis bien plus longtemps que la plupart ne le pense.
Les origine du mouvement MeToo
5 octobre 2017 : la vie d’un homme bascule, permettant à des milliers de femmes de prendre la parole. Le géant du cinéma Hollywoodien Harvey Weinstein est accusé par douze femmes de viol, harcèlement et agressions sexuelles. Alyssa Milano, ancienne actrice de la série Charmed, réagit immédiatement à cette affaire. Elle incite les victimes d’agressions sexuelles, de viol ou harcèlement à témoigner sur ces abus et compléter leur récit avec #MeToo. Cet appel à témoignages n’est pas passé inaperçu puisque c’est plus de soixante mille dénonciations qui ont été partagées sur Twitter.

Mais en réalité, il faut remonter presque quinze ans en arrière pour atteindre les origines du mouvement MeToo. Sa créatrice, Tarana Burke, est une travailleuse sociale du quartier d’Harlem. Elle milite pour dénoncer toute forme de violence sexuelle dans les quartiers défavorisés, en créant une chaîne de solidarité qu’elle nomme Me Too Movement. Elle-même victime de ces violences, Tarana est bien consciente que le sujet est extrêmement dur à aborder. Les victimes n’osent pas parler des abus qu’elles ont subis, craignant de ne pas être comprises. C’est pour cette raison qu’elle choisit d’appeler sa campagne « Moi Aussi ».
Un sentiment de liberté de la parole pour les victimes
Les témoignages se multiplient depuis la création de #MeToo en 2007. Mais l’affaire Weinstein de 2017 est un véritable déclencheur de la libération de la parole des femmes. L’actrice Rose McGowan lance #BeBrave, suivi de #MyHarveyWeinstein par l’avocate Ann Olivarius. La particularité de ce mouvement est qu’il concerne autant de personnes anonymes que des célébrités. C’est ce qui va inciter toujours plus de personnes à témoigner pour raconter factuellement le traumatisme qu’elles ont vécu.
Parmi les nombreux récits partagés, les victimes dénoncent des abus sexuels. Au travail, mais aussi dans la sphère personnelle, parfois même par des membres de la famille. Des témoignages énonçant des faits jusqu’à dix, quinze, vingt ans après qu’ils se sont déroulés. Ce sentiment de solidarité et d’écoute permet à ceux restés dans le silence bien trop longtemps de s’exprimer.
Mais les violences faites aux femmes ne s’arrêtent pas au viol en lui-même. De nombreuses victimes font part de harcèlement en tout genre, de conversations pornographiques ou encore d’attouchements. Au-delà d’un témoignage, c’est le comportement de toute une société que ces femmes et ces hommes remettent en cause.
Par ailleurs, le mouvement ne se limite pas aux réseaux sociaux. Il influence les conversations dans les bureaux, les foyers, permettant à des femmes et des hommes de confier leur lourd secret. Les associations se multiplient et le féminisme attire de plus en plus de militants. Le mouvement s’ouvre petit à petit sur le sentiment d’insécurité en milieu urbain, dans la rue ou les transports en commun. #MeToo s’inscrit dans la durée et propulse le féminisme, par le biais de manifestations, rassemblant des milliers de personnes dans les rues. Les manifestants revendiquent leur volonté d’égalité entre les sexes dans la société. Le hashtag est utilisé dix-sept millions de fois en trois mois et traverse le monde entier.
Un mouvement féministe devenu mondial
Aucune limite géographique pour ce phénomène qui devient international. En France, les témoignages sont partagés avec le hashtag #BalanceTonPorc, utilisé presque un million de fois en 2017. La particularité de ce hashtag par rapport aux autres est qu’il est le seul à inciter la dénonciation de l’identité de l’agresseur, aussi souvent appelé « prédateur ».
#QuellaVoltaChe (« LaFoisOù ») est utilisé en Italie par les femmes pour raconter des agressions qu’elles ont vécues. #YoTambien (« MoiAussi ») en Espagne, #NaoéNao (« NoncestNon ») au Brésil… Le mouvement #MeToo devient un mouvement historique mondial dans l’histoire du féminisme.
Il est également présent dans certains pays d’Asie comme le Japon, le Viêtnam, Taïwan, la Chine et la Corée du Sud. Le hashtag est aussi utilisé en Tunisie, en Iran, au Pakistan, en Inde et en Israël.
Il faut néanmoins savoir qu’au Danemark, le mouvement a fait l’objet de nombreuses critiques, accusant les femmes témoins de « pleurnicheuses ». Sofie Linde décide tout de même de prendre la parole à son tour. Cette actrice et présentatrice télévision de renom dénonce les tendances machistes et sexistes dans le milieu de l’audiovisuel et du cinéma. Elle raconte avoir elle-même subi des agressions.
Un mouvement pour les femmes qui fait changer les choses
Avec une telle ampleur, #MeToo a permis certains changements et remises en question. En France, le nombre de plaintes liées aux violences sexuelles et harcèlement sexuels a augmenté d’environ 30 % en octobre 2017. Les appels au 3919, numéro dédié aux victimes de violences sexuelles, ont augmenté de 105 %. Les conférences pour sensibiliser le public sont de plus en plus nombreuses et les groupes de soutien psychologique aussi.
Au Canada, un numéro à contacter en cas de harcèlement sexuel a été mis en place par les autorités.
Aux États-Unis, #MeToo a donné suite à une levée de fonds dédiés au soutien des victimes en 2018. Ce mouvement, nommé Time’s Up, a ainsi permis à plus de 3 000 victimes d’être soutenues financièrement pour entamer des démarches judiciaires. Certains États ont apporté des modifications dans leur législation, bien que celles-ci soient encore insuffisantes. Plusieurs sondages ont tout de même montré que les mentalités ont évolué suite au mouvement #MeToo.
La route pour atteindre l’égalité des sexes est encore longue. Mais le mouvement #MeToo s’est inscrit historiquement, faisant évoluer les mentalités et encourageant les dénonciations d’abus sexuels. Les femmes intègrent de plus en plus la notion d’entraide et de sororité. Le temps où la victime doit se taire et rester prostrée dans sa honte est une époque révolue. Tout porte à croire que les militantes et militants féministes continuerons d’élever leur voix au travers de ce mouvement sociétal. Il est important de noter que #MeToo c’est aussi l’occasion pour les hommes de parler d’un viol ou d’une agression, le mouvement n’est pas réservé uniquement aux femmes victimes.